« Faute d’avoir pu changer le monde, j’ai modifié ma façon de le considérer. » de Philippe Bouvard

mercredi 27 février 2013

Ate Clara


Une fois par semaine depuis maintenant un mois et demi, je me rends tous les samedi matin « sur la rivière ». Ce sont ces fameuses maisons sur l'eau construites sur une sorte de radeau qui flotte grâce aux déchets et quelques pneus dégonflés ( cf mon article racontant ma chute dans l'eau de la rivière ^^). Les maisons sont en bois et bâches, la plupart du temps ce n'est qu'une seule pièce dans laquelle s'entasse toute une famille : les grands-parents, les parents, les enfants et parfois les oncles et tantes. Ils se lavent à l’extérieur avec un seau d'eau et cuisinent dans un coin de la pièce grâce à un petit réchaud.


Dans ces maisons, les enfants sont très timides, ne parlent presque pas et ne connaissent que très peu les volontaires et les sœurs de la Bonne Nouvelle. Les premières street-library étaient donc très calmes, personne ne parlait … Pas facile.
Mais en quelques semaines, une réelle relation de confiance s'est installée. Depuis 3 semaines nous sommes accueillies par la même famille qui nous permet de nous installer avec livres et dessins sur le sol de leur pièce commune. Les enfants des maisons alentours viennent aussi.
Au final, il doit y avoir une dizaine d'enfants à chaque fois.
Ate Clara et son fils
Et puis il y a Ate Clara. Ate Clara est la 'nanaye' (=maman) qui nous accueille chez elle. Elle a un petit garçon qui ne doit pas avoir plus de 18 mois. Depuis 3 semaines Phil'Book l'aide beaucoup. En effet, dans un mois elle part à Singapour pour devenir 'med' c'est à dire qu'elle va faire le ménage, la lessive, la cuisine, élever les enfants d'une famille riche. En échange, elle gagnera une somme assez conséquente qui va lui permettre de vivre et surtout d'envoyer une grosse partie,ici, à Sawata, pour faire vivre toute sa famille. Car être 'med' à l'étranger cela veut dire renoncer à voir sa famille, ne plus pouvoir élever ses propres enfants etc... Elle ne reviendra que tous les 2 ans environ aux Philippines. Cette vie qui l'attend, elle ne sera pas la première à la vivre. C'est très courant ici, le gouvernement philippin pousse même à trouver un travail à l'étranger (tellement plus facile: ça fait une rentrée d'argent dans le pays et il n'y a pas besoin de créer de l'emploi).

Le fils d'Ate Clara
Et Phil'Book dans tout ça ? Et bien, il se trouve qu'Ate Clara ne parle pas très bien anglais. Nous l'avons donc aidé à essayer de comprendre son contrat qui est en anglais pour qu'elle ne s'engage pas sans savoir ce qui l'attendait. Nous l'aidons aussi un peu en apportant des livres tagalog-anglais, un dictionnaire etc... Elle prend des notes, apprend du vocabulaire pour pouvoir s'exprimer le plus correctement possible. Elle a une volonté de fer.
J'espère qu'elle s'en sortira, que ce travail va vraiment l'aider, elle et sa famille et qu'un jour, le plus rapidement possible, elle pourra rentrer à Sawata et vivre avec toute sa famille.

Je la confie à vos prières.

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