Malou est une de nos amies. Elle est
le porte-parole des familles qui habitent sous le Pont.
En janvier 2013, elle est partie 15
jours en Europe : Belgique et France pour parler avec des gens
du Quart Monde et des associations de ce qu'elle vit au quotidien. Le
but étant de trouver des solutions à la misère dans le monde et
ouvrir un dialogue entre les différentes classes sociales et les
différents continents.
Cette expérience a été très forte
pour elle et l'une des premières choses qu'elle a dit c'est que
durant ce séjour elle s'est sentie à l'égal des autres. Il n'y
avait pas de barrière entre pauvres et plus riches. C'est donc la
tête remplie de beaux souvenirs qu'elle est rentrée à Sawata.
Mais voilà, lorsqu'elle est rentrée,
elle a apprit que son fils de 17 ans était en prison... Et qu'il est
innocent. En effet, 3 jours plus tôt il s'était endormi avec deux
autres garçons, mineurs comme lui, dans la rue. Ils furent réveillés
par la police qui les accusait du meurtre d'une fille. Cette dernière
avait été tuée quelques heures plus tôt, non loin de là. Des
jeunes ont témoigné contre le fils de Malou.
Ce genre d'accusation arrive toutes les
nuits à Manille et on ne peut rien faire.
Imaginez donc l'état dans lequel
était Malou. Cela voulait dire que depuis 3 jours son fils était en
prison, que personne n'était venu lui rendre visite (impensable dans
la culture philippine) et qu'il n'avait donc pas mangé depuis tout
ce temps là. Aux Philippines, il faut nourrir et habiller les
prisonniers.
Un mois a passé. Malou, devant rendre
visite à son fils tous les jours et essayant de faire son possible
pour le sortir de là, ne pouvait plus travailler la journée. En
effet, la prison est à 1h30 de transport de chez elle. Pour pouvoir
payer les transports et se nourrir, elle et sa famille, elle doit
donc travailler de nuit.
Au bout d'un mois, suite à coup de
téléphone, une lueur d'espoir est apparue. Contre 10 000 PHP (200
euros) - une fortune pour Malou – son fils pourrait être libéré.
Au bout de 15 jours, avec de l'aide, elle a pu donner cette somme.
Depuis, un mois et demi est passé et son fils n'est toujours pas
sorti de prison. Pire que cela, maintenant la police demande 5 000
PHP pour le faire sortir.
Cela fait 3 mois qu'il est en prison,
et rien ne nous dit qu'une fois les 5 000 PHP donnés il ne faudra
pas en donner d'autres. Malou n'a plus d'argent et a vendu tout ce
qu'elle pouvait. Elle est épuisée.
Ce genre d'histoire n'est pas isolée.
Il y a de très nombreux cas comme celui-là dans toutes les
Philippines. Face à ce genre de situation, on se sent désemparé et
on ne sait pas vraiment comment réagir.
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