Il était une fois... une envie de découvrir le monde avec un regard neuf! et quoi de mieux que de partir pour un an avec les MEP dans le bidonville de Manille ? Me voici donc partie, sac au dos, tong aux pieds et sourire aux lèvres pour conquérir le monde ! Chères Philippines, c'est ici que j'écrirai régulièrement !
« Faute d’avoir pu changer le monde, j’ai modifié ma façon de le considérer. » de Philippe Bouvard
vendredi 29 mars 2013
Joséphine au RAC
Chers tous,
Le temps passe, le temps file !
Cela fait maintenant plus de 7 mois que je suis ici et je découvre de plus en plus l'histoire des familles qui vivent ici. Vous raconter ma vie à Sawata me parait bien trop simpliste. Je préfère vous raconter leur quotidien même s'il n'est pas facile à raconter. Vous avez ainsi pu découvrir Billy, Joy, Malou ... Il est temps de vous raconter la vie de la famille de Joséphine.
Les soeurs me parlent de cette famille depuis 7 mois. Mais je n'ai eu l'occasion de les rencontrer que très récemment, dans des conditions très particulières.
La première fois que soeur Anne m'a parlé de cette famille c'était au sujet du fils ainé: José. En effet, il passe ses soirées à Divisoria - un marché monumental, indescriptible et dont je n'ai pas de photos car ce serait trop dangereux d'y exposer mon appareil photo – pour essayer de rapporter un peu d'argent à sa famille. Qu'y fait-il exactement ? Nous n'en savons rien mais la prostitution n'est pas à exclure. Il a 12 ans. Il est interdit aux enfants d'être seuls le soir à Divisoria. La police y fait régulièrement des descentes. 3 fois de suite, José s'est fait prendre et est allé au RAC. Le RAC est un endroit où les enfants trouvés sont entassés dans des sortes de cellules. Ce n'est pas vraiment une prison - même si cela y fait penser – l'objectif est plutôt de lutter contre le travail des enfants, la prostitution, les gangs (...) en les mettant dans cet endroit et en attendant que leurs parents viennent les chercher. Il peut s'écouler des mois entre leur arrestation et la venue des parents.
Bref, notre José était donc un habitué. 2 fois, les soeurs sont allées le chercher. Comme elles sont religieuses elles ont plus de poids pour le faire sortir. La 3ème fois, elles n'y sont pas allées. En effet, un enfant prit par le RAC se fait rarement reprendre une 2ème fois, et encore moins une troisième à moins qu'il ne le veuille.
Cela faisait donc 6 mois que nous savions qu'il était au RAC mais que nous avions laissé la famille se débrouiller.
Et puis il y a 15 jours, la maman de José est venue frapper à notre porte. Elle venait d'apprendre que Joséphine et sa petite soeur était au RAC elles aussi. Joséphine étant tombée dans les pommes, elle avait été envoyée à l'hôpital. Comment a-t-elle appris tout cela ? Mystère. C'est une des choses que nous ne comprenons pas vraiment.
Apprenant cela, nous décidons de nous rendre au RAC. J'y vais donc, avec soeur Anne, la maman de joséphine, Joseph, et la petite dernière (qui n'a pas vraiment de prénom alors qu'elle a 2 ans).
Tout ce beau monde prend le LRT (Métro). C'est la première fois pour toute la petite famille. Joseph n'avait qu'un long tee-shirt sale et déchiré et rien d'autre, le visage noir de crasse. Autant vous dire qu'il a fallu s'y reprendre à 3 fois pour qu'il ait l'autorisation de passer !
Durant le trajet, la maman nous raconte qu'elle n'avait pas de nouvelles de ses 2 filles depuis plusieurs jours mais elle ne s'en était pas inquiétée avant aujourd'hui (nous apprendrons plus tard que cela faisait 1 mois que Joséphine et sa soeur était au RAC). Nous lui demandons de quoi elle vit en ce moment. Elle nous répond qu'elle fait les poubelles et revend ensuite ce qu'elle a trouvé. Cette nuit là elle avait gagné 80PHP (1euro40) pour nourrir toute sa famille (6 enfants et 1 mari).
Nous arrivons au RAC. Après quelques instants, nous retrouvons les 2 filles. Moments intense de retrouvailles ! Joséphine (13ans) pleure, sa petite soeur ( 5ans) reste dans un mutisme étonnant. Elle ne sourit pas. Joséphine est maigre, maigre, maigre. Elle est rentrée de l'hôpital le matin même. Elle n'a que la peau sur les os. Sa petite soeur n'est pas bien grosse non plus. Et toujours cette absence de sourire, c'est rare aux Philippines. Quand à José, il a été transféré mais on ne sait pas trop où. Loin.
Les papiers sont remplis, je monte à l'étage pour voir les conditions dans lesquelles elles ont vécu pendant 1 mois. Une grande pièce sale, des grilles et à l'intérieur, des enfants, rasés pour certains à cause des poux. Je passe devant un enfant qui se fait battre par d'autres. Le climat est loin d'être serein... Plus loin des filles implorent soeur Anne de retrouver leurs parents pour les prévenir qu'elles sont ici ....
Nous sortons enfin de cet endroit. Le bâtiment est pourtant beau de l'extérieur, tout en jaune avec des plantes vertes et une petite cour.
A peine la porte franchie, un sourire illumine le si beau visage de la petite soeur de Joséphine. Qu'elle est belle ! Et à 5 ans vivre une experience comme ça ...
J'espère de tout mon coeur qu'elles ont compris la leçon et qu'elles ne se feront pas avoir de nouveaux par le RAC... Mon rêve est qu'elles ne retournent pas la nuit à Divisoria. Malheureusement, j'ai bien peur que cela soit loin d'être le cas.
Divisoria s'est à la fois leur prison et leur seule manière de vivre un jour de plus.
Autant vous dire que des rencontres comme ça, c'est assez bouleversant.
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